Capteurs de glycémie en continu chez les athlètes : mythe ou réel outil de performance ?
Popularisés par des marques de wearables et des influenceurs du fitness, les capteurs de glycémie en continu (Continuous Glucose Monitors, CGM) séduisent de plus en plus d'athlètes non diabétiques désireux d'« optimiser » leur nutrition sportive. Mais que dit vraiment la recherche récente sur leur utilité réelle pour la performance ?
Une popularité qui dépasse largement les preuves scientifiques
Selon une synthèse publiée en mai 2025 dans le Sports Science Exchange du Gatorade Sports Science Institute (GSSI), rédigée par une équipe menée par le Dr Michael C. Riddell, spécialiste reconnu de l'exercice et du métabolisme glucidique, l'usage des CGM chez les sportifs sans diabète reste largement en avance sur les données probantes disponibles. Les auteurs rappellent notamment qu'il n'existe pas encore de preuve scientifique solide confirmant qu'un taux de glucose plus élevé pendant l'effort améliore automatiquement la performance — une hypothèse pourtant largement véhiculée par le marketing de certains dispositifs, dont le concept de « zone de performance glycémique » commercialisé par une entreprise ayant depuis cessé son activité dans ce secteur en 2024.
Ce que révèlent vraiment les données de glycémie chez les athlètes sains
Le rapport souligne un point souvent ignoré : les athlètes d'endurance élite présentent naturellement des variations glycémiques bien plus marquées que la population sédentaire. Concrètement :
- Ils passent environ 10 à 20 % de leurs heures d'éveil avec une glycémie supérieure à 140 mg/dL.
- Ils passent environ 5 à 7 % du temps sous 70 mg/dL, sans que cela traduise un problème de santé.
- Ces fluctuations sont considérées comme physiologiquement normales à l'effort, et non comme des anomalies à corriger systématiquement.
Des limites techniques à connaître
Les CGM modernes affichent une précision jugée acceptable mais imparfaite à l'exercice, avec un écart moyen relatif (MARD) inférieur à 15 % par rapport aux mesures sanguines de référence. Un point technique important : ces capteurs mesurent le glucose interstitiel, et non le glucose sanguin directement, ce qui introduit un décalage temporel pouvant fausser l'interprétation lors de variations rapides, par exemple juste après une prise alimentaire ou un effort intense.
Le vrai risque : la surinterprétation
Les auteurs du GSSI mettent en garde contre un phénomène qu'ils qualifient de « glucorexie » : une préoccupation excessive et anxiogène vis-à-vis de fluctuations glycémiques mineures et parfaitement normales. Ils insistent sur un message clé : toutes les hausses de glycémie ne sont pas problématiques, et l'usage du CGM devrait rester un outil d'observation individuelle plutôt qu'une injonction à maintenir une glycémie artificiellement stable.
En résumé, le CGM peut offrir un retour d'information intéressant sur la réponse glycémique individuelle à certains aliments ou stratégies de ravitaillement, mais aucune preuve actuelle ne permet d'affirmer qu'il optimise directement la performance sportive chez un athlète non diabétique. Cet article a une visée informative et fondée sur les preuves disponibles ; il ne remplace pas un avis médical individuel, en particulier pour toute personne présentant une pathologie métabolique.
Produits utiles
- Carnet de suivi nutrition sportive — pratique pour noter manuellement repas, ravitaillements et sensations d'énergie à l'entraînement, en complément (ou à la place) d'un capteur connecté.