Esters de cétones exogènes et endurance : ce que révèle vraiment la science
Depuis l'étude fondatrice de 2016 montrant un gain d'environ 2 % lors d'un contre-la-montre cycliste, les esters de cétones exogènes suscitent un vif intérêt chez les athlètes d'endurance. L'idée est séduisante : fournir au muscle un carburant alternatif, potentiellement plus efficace que le glucose ou les acides gras. Mais que disent réellement les données accumulées depuis, notamment les revues systématiques les plus récentes ?
Le mécanisme physiologique
Les corps cétoniques — acétoacétate et β-hydroxybutyrate (BHB) — sont des carburants alternatifs produits naturellement par le foie en situation de jeûne ou de restriction glucidique. Les suppléments exogènes (esters ou sels de cétones, ou 1,3-butanediol) permettent d'atteindre une « cétose nutritionnelle aiguë » sans passer par un jeûne prolongé, dès que le BHB circulant dépasse environ 0,5 mM.
- Trois mécanismes ergogéniques sont proposés : l'oxydation directe des corps cétoniques comme carburant musculaire, une meilleure efficacité de production d'ATP, et une réduction de la dépendance aux glucides pendant l'effort.
- L'ampleur de la cétose dépend fortement du type de supplément : les sels de cétones élèvent le BHB d'environ 0,5 à 1,0 mM, la combinaison triglycérides à chaîne moyenne + sels d'environ 0,6 à 0,7 mM, tandis que le monoester R-BD R-βHB — le plus puissant — peut porter le BHB à 3-6 mM.
- Un seuil supérieur à 1,0 mM serait nécessaire pour espérer un effet métabolique significatif, selon l'auteur.
Les preuves d'efficacité (ou plutôt, leur absence)
Malgré ce rationnel biologique plausible, les résultats en conditions réelles restent décevants dans la majorité des études.
- Pour les sels de cétones, la performance à l'exercice est restée « largement inchangée » malgré une hausse modeste des cétones sanguines.
- Pour les esters de cétones, si l'étude de référence de 2016 avait rapporté un gain d'environ 2 % en contre-la-montre, « la majorité des études réalisées depuis n'ont pas réussi à observer de bénéfices ».
- Une méta-analyse portant sur huit études et 80 participants a conclu que l'ingestion aiguë de monoesters et de précurseurs de cétones n'améliore pas la performance en endurance.
- Le 1,3-butanediol n'a montré aucun effet ergogénique, tout en étant associé à des effets secondaires.
- Une étude récente a même montré qu'en situation d'hypoxie (altitude), l'ingestion d'esters de cétones dégradait la performance à l'exercice plutôt que de l'améliorer.
- L'auteur conclut sans ambiguïté : « à l'heure actuelle, la majorité des données disponibles ne soutient pas l'idée que l'ingestion aiguë d'esters de cétones exogènes produit des bénéfices directs sur la performance ».
Quelques pistes restent prometteuses mais préliminaires : un possible effet d'atténuation des symptômes de surentraînement, une meilleure oxygénation musculaire en altitude, et des effets protecteurs observés chez l'animal après un traumatisme crânien — autant de domaines où les preuves chez l'humain restent encore trop limitées pour en tirer des recommandations pratiques.
Dosages étudiés et recommandations pratiques
- Les protocoles de recherche ont généralement utilisé 7 à 30 g de sels de cétones, ou 50 à 590 mg/kg de poids corporel pour les esters de cétones.
- Le degré de cétose obtenu varie fortement selon l'état nourri ou à jeun, ainsi que selon l'intensité de l'exercice — deux facteurs à prendre en compte si un athlète souhaite tout de même expérimenter ces produits à l'entraînement, jamais en compétition sans essai préalable.
- Compte tenu du rapport bénéfice/risque actuellement défavorable, la plupart des experts en nutrition sportive ne recommandent pas l'usage systématique des esters de cétones pour améliorer la performance en endurance.
Limites, effets secondaires et coût
- Les troubles digestifs sont l'effet secondaire le plus fréquemment rapporté : le 1,3-butanediol provoque des « nausées légères, éructations et renvois », et l'ingestion de diesters de cétones a été associée à une « forte prévalence de symptômes gastro-intestinaux ».
- Certains utilisateurs rapportent aussi des effets perceptifs indésirables, comme des sensations d'euphorie ou des vertiges.
- Les formulations à base de sels de cétones posent un problème additionnel de charge minérale élevée.
- Le coût élevé et la disponibilité limitée des esters de cétones — en particulier le monoester le plus efficace — restent un frein pratique majeur à leur adoption par les athlètes amateurs comme professionnels.
En résumé, malgré un mécanisme biologique intéressant, l'ensemble des preuves scientifiques actuelles ne permet pas d'affirmer que les esters de cétones exogènes améliorent la performance en endurance chez la majorité des athlètes ; ils exposent en revanche à des troubles digestifs fréquents et représentent un investissement financier important. Toute décision de supplémentation, en particulier pour des athlètes ayant des antécédents médicaux ou des objectifs de compétition spécifiques, devrait être discutée avec un médecin du sport ou un(e) diététicien(ne) spécialisé(e), plutôt que basée sur des allégations marketing.
Produits utiles
- Esters de cétones exogènes — supplément étudié en sciences du sport pour la performance en endurance ; à essayer d'abord à l'entraînement en raison du risque de troubles digestifs.
- Boisson d'endurance glucidique — une stratégie nutritionnelle dont l'efficacité sur la performance est, elle, bien établie par la littérature scientifique.