Syndrome de surentraînement : comment repérer les signaux d'alerte (VFC, fréquence cardiaque, humeur)
Repousser ses limites fait partie du sport, mais quand la fatigue ne s'estompe plus malgré le repos, il peut s'agir d'un syndrome de surentraînement (overtraining syndrome, OTS). Une étude de cas publiée en juillet 2025 dans BMJ Case Reports, portant sur trois athlètes d'endurance, ainsi qu'une revue systématique parue en mai 2025 dans Physiological Reports sur la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), permettent de mieux comprendre quels signaux physiologiques et psychologiques méritent une attention particulière — et comment agir avant que la situation ne s'aggrave.
Un continuum, pas un interrupteur
Le cadre de référence reste le consensus conjoint ECSS/ACSM de 2013, encore largement cité dans la littérature récente. Il distingue trois stades sur un même continuum de stress d'entraînement :
- Surcharge fonctionnelle (functional overreaching) : baisse de performance intentionnelle et de courte durée, récupération en quelques jours.
- Surcharge non fonctionnelle (non-functional overreaching) : baisse de performance plus marquée, accompagnée de signes neuro-endocriniens et/ou psychologiques, récupération en plusieurs semaines à quelques mois.
- Syndrome de surentraînement (OTS) : forme sévère de surcharge non fonctionnelle, avec une baisse de performance prolongée (plus de deux mois) et des symptômes plus sévères.
Les indicateurs de récupération à surveiller
Aucun marqueur isolé ne suffit à diagnostiquer un surentraînement. La revue systématique de Physiological Reports (19 études, 42 associations significatives identifiées) et l'étude de cas du BMJ mettent en avant une combinaison de signaux :
- Variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), notamment le RMSSD : c'est le paramètre le plus étudié. Une VFC durablement basse traduit une dominance du tonus sympathique et une récupération autonome insuffisante. Ce qui compte n'est pas une seule mauvaise mesure matinale, mais une tendance négative sur 3 à 5 jours consécutifs, mesurée dans des conditions standardisées (même heure, même position, à jeun).
- Fréquence cardiaque de repos : une hausse durable de plus de 5 battements par minute au-dessus de sa valeur de référence personnelle, prise au réveil, est un signal d'alerte classique. Elle doit être interprétée conjointement avec la VFC, jamais isolément.
- Humeur et questionnaires validés : les outils comme le Profile of Mood States (POMS), le RESTQ-Sport ou l'indice de Hooper montrent que ce sont les sous-échelles « fatigue », « vigueur » et « dépression » qui bougent le plus lors d'une surcharge d'entraînement. Selon l'étude de cas du BMJ, dépression, brouillard cognitif et hypersensibilité émotionnelle font partie des manifestations centrales de l'OTS.
- Performance qui ne remonte pas : à la différence de la surcharge fonctionnelle, la baisse de performance dans l'OTS ne se corrige pas après une réduction temporaire de charge (taper) ou quelques jours de repos — c'est ce critère qui distingue une simple fatigue passagère d'un problème plus sérieux.
Pourquoi le diagnostic est difficile
L'étude de cas du BMJ souligne que l'OTS se diagnostique par exclusion : les analyses sanguines reviennent souvent normales malgré des symptômes bien réels, ce qui peut être source de frustration pour l'athlète. Le syndrome perturbe simultanément les systèmes endocrinien, nerveux, immunitaire et digestif, d'où une présentation clinique très variable d'un athlète à l'autre.
Combien de temps pour récupérer ?
Selon les cas décrits dans l'étude, la récupération complète a nécessité entre 4 mois et plus de 2 ans, en fonction du délai avant le diagnostic et de la sévérité des symptômes. Un retour prématuré à l'entraînement expose à une rechute — d'où l'importance de suivre les marqueurs (VFC, fréquence de repos, humeur) tout au long de la reprise, et pas seulement au moment de l'arrêt.
Stratégies de prévention
- Planifier l'entraînement en cycles avec des semaines de décharge (deload) régulières plutôt que d'augmenter la charge en continu.
- Prioriser le sommeil et un apport nutritionnel suffisant, en particulier en période de charge élevée.
- Suivre plusieurs marqueurs en parallèle (VFC, fréquence cardiaque de repos, humeur, sensation subjective d'effort) plutôt qu'un seul chiffre isolé.
- Réagir à une tendance négative sur plusieurs jours consécutifs plutôt qu'à une seule mauvaise mesure ponctuelle.
Ces informations sont un résumé de la littérature scientifique et ne constituent pas un avis médical personnalisé. En cas de fatigue persistante, de troubles de l'humeur ou de baisse de performance inexpliquée, consultez un médecin du sport ou un professionnel de santé qualifié.
Produits utiles
- Montre connectée avec suivi de la VFC — pour suivre la variabilité de la fréquence cardiaque et la fréquence de repos au quotidien.
- Rouleau de massage (foam roller) — pour intégrer la récupération active dans une routine post-entraînement.
- Complément en magnésium — un minéral souvent surveillé chez les athlètes en période de charge élevée.
Source: BMJ Case Reports